Les néonicotinoïdes, L’appropriation citoyenne et politique d’un enjeu environnemental sanitaire

, par Philippe Polomé

Ce débat s’est tenu le 15.01.2019 à l’Amphithéâtre de la MILC. Il a été organisée par :

Colombier Nathan
Gauthier Antoine
Hervier Delphine
Huard Corentin
Regnaut Hortense

Sous la direction pédagogique de Mme la Professeure Isabelle Michallet.

Les néonicotinoïdes sont des produits phytosanitaires à vocation d’insecticide, utilisées massivement en agriculture. On estime à environ 400 000 kg la proportion de néonicotinoïdes présents dans les insecticides utilisés en France en 2016. Parmi cette famille d’agents chimiques, trois types d’intrants contenants des néonicotinoïdes sont particulièrement vendus : les produits contenant la molécule imidaclopride - avec près de 66% des ventes totales, puis 27% des ventes concernent des insecticides contenant du thiaclopride, et enfin environ 5% des ventes d’insecticides sont relatives à des produits contenant du thiaméthoxame.
En Mai 2018, au vu de la dangerosité de ces trois molécules, l’Union Européenne a tranché en interdisant la vente de produits phytosanitaires comportant ces trois molécules. Cependant, il est intéressant de noter que bien avant l’interdiction européenne, la France a été pionnière en la matière en ouvrant le cercle des débats autour des risques potentiels portés par cette famille de molécules que sont les Néonicotinoides. Ainsi, plusieurs types de néonicotinoïdes ont été interdits avec la loi biodiversité de 2016, prévoyant une application effective de la loi en septembre 2018 ainsi que des dérogations pouvant courir jusqu’en 2020.

L’interdiction de ces substances a fait suite à un débat politique et scientifique important dont vous en avez peut-être entendu parler. Ce dernier est complexe dans la mesure où les attributs de ce même débat servent et desservent les intérêts d’acteurs bien distincts.
D’une part, les premiers agents directement impactés par cette interdiction semblent être les professions rattachées au secteur de l’agriculture. Au sein même de ce secteur, deux types de professions - les agriculteurs et les apiculteurs n’entendent pas l’interdiction de la même manière. En effet, on constate que pour une majorité de producteurs de maïs, betteraves ou encore de colza, l’hypothèse d’une cessation d’usage d’intrants composés de néonicotinoïdes entraînerait une diminution non-négligeable des rendements de l’ordre de 20%, soit un manque à gagner pour ces agriculteurs. A l’inverse, cette interdiction confortent les intérêts d’autres agents : tels que les apiculteurs, largement désireux d’une telle réglementation. Ces derniers ont vu une nette augmentation de la mortalité des abeilles, passant de 5 à 30% ces vingt dernières années.
Ces pertes concourent à des enjeux contemporains de sécurité alimentaire mondiale dans la mesure où 35% des ressources alimentaires mondiales proviennent du processus de pollinisation auquel ont contribué ces insectes pollinisateurs.

Le débat qui apparaît ici est celui de l’épineux compromis entre les intérêts économiques d’un côté et les enjeux sanitaires et environnementaux de l’autre. La controverse s’est soldée au niveau juridique et politique par l’application du principe de précaution. En droit, ce principe signifie qu’au regard d’incertitudes concernant la nocivité de ces substances (les néonicotinoïdes) pour la biodiversité et la santé humaine, les autorités publiques garantes de l’intérêt général les ont interdites.

Dès lors, il convient de s’interroger sur l’intérêt d’un sujet dont le droit a déjà tranché. En l’espèce, les enjeux et perspectives actuelles du sujet méritent toute notre attention dans la mesure où le débat autour des néonicotinoïdes est toujours brûlant. Pour rappel, durant la période de débat précédant l’interdiction, nous avons vu de nombreux acteurs s’emparer de ce sujet, dont certains nous ont fait l’honneur de venir partager leur expertise auprès du public en ce 15 janvier 2019.

Pour cela, nous avons voulu traiter ce sujet sous un angle d’approche particulier : l’appropriation citoyenne et politique d’un sujet environnemental technique, et qui représente potentiellement un risque à la fois environnemental, avec des impacts sur la biodiversité, mais également des impacts sanitaires à l’origine de nuisances sur la santé humaine. L’objectif de cette conférence était double. Il s’agissait dans un premier temps de revenir sur un débat ayant animé les foules, puis ensuite de dresser un état des lieux des perspectives et alternatives existantes à ces insecticides. En effet, l’interdiction apporte son lot de questions émergentes : que faire lorsqu’un produit qui était majoritairement utilisé est interdit ? Là aussi, les citoyens et les politiques se sont emparés du débat public.

La question des néonicotinoïdes est un exemple frappant d’une tendance sociétale assez nouvelle : l’appropriation citoyenne de sujets jugés techniques et scientifiques. Ainsi, les enjeux d’un sujet tel que les néonicotinoïdes, qui auraient autrefois impliqué en première ligne les scientifiques et chercheurs, s’installent au centre de la vie politique et citoyenne.

Pour répondre aux enjeux soulevés par les néonicotinoïdes, nous avons accueilli 4 intervenants le Mardi 15 Janvier 2019 de 18h à 20h à l’Amphithéâtre MILC au 35 Rue Raulin à Lyon :
-  Jean-Paul Briotet, représentant de Générations Futures, association de défense de l’environnement, spécialisées dans les pesticides et autres produits chimiques.
-  Gilbert-Luc Devinaz, Sénateur du Rhône-Alpes et de la Métropole de Lyon.
-  Jean Riondet, apiculteur et représentant de l’Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF).
-  Jean-Claude Tissot, Sénateur de la Loire et ancien agriculteur.

La conférence a été divisée en quatre temps. Tout d’abord, une phase d’introduction, par Hortense Regnaut a été réalisée afin de définir et mettre en contexte le problème, puis présenter les participants (environ 10 minutes).
Ensuite, quarante-cinq minutes, animées par Antoine Gauthier, ont été dédiées aux origines et atouts techniques des néonicotinoïdes, mais aussi aux causes et déroulement qui ont contribué à leur interdiction en 2018. Cette partie a eu pour objectif d’apporter différentes précisions au public sur les enjeux environnementaux et sanitaires, notamment les impacts sur les pollinisateurs mais aussi sur la santé humaine, induits par cette classe de produits phytosanitaires. Les quatre intervenants ont été amenés à se prononcer sur ce sujet. Il a par exemple était demandé la raison pour laquelle l’agriculture française est autant sujette à l’utilisation des néonicotinoïdes, leurs conséquences sur la nature, les insectes et l’être humain. Les raisons de la prise de consciences des politiques ainsi que l’appropriation du problème jusqu’à la rédactions des lois conduisant à leur interdiction ont été évoqués. Enfin, M. Briotet a apporté des éclaircissements sur l’engagement et l’engouement des citoyens et des professionnels en ce qui concerne les néonicotinoïdes.
Delphine Hervier a ensuite animé la seconde partie. Également durant quarante-cinq minutes, elle a questionné les quatre invités quant aux différentes alternatives techniques et économiques, aux néonicotinoïdes. Les intervenants ont largement plaidé en faveur de la mise en place d’un nouveau système d’aides économiques publiques (notamment au travers de la P.A.C) visant à aider les agriculteurs à changer leurs modes de production et se tourner vers l’agriculture biologique. Ainsi, plusieurs substituts naturels ont été présentés par M. Riondet.
Toutefois, des limites à ces alternatives naturelles existent et laissent perdurer le débat autour des néonicotinoïdes. Comme l’a mentionné la modératrice, de nouveaux produits phytosanitaires composés de molécules dites “cousines” aux néonicotinoïdes ont également été développés, telles des ripostes directes des fabricants d’intrants chimiques, dont les propriétés chimiques sont différentes mais dont les impacts sont similaires.
Enfin, Corentin Huard a animé une série de questions-réponses entre le public et les intervenants pendant une vingtaine de minutes.

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