La finance peut-elle sauver le climat ? Conférence-débat en présence de la Caisse des Dépôts, de l’ADEME, de la CNR, de la DG Trésor et du think tank 2° Investing Initiative

, par Proust

Le mardi 16 janvier 2018, une conférence sur les liens entre la finance et le climat a été organisée par les étudiants de la mention de Master Risque et Environnement de l’université de Lyon. Pour cette conférence-débat proposée dans le cadre de leur parcours, les étudiants ont invité : Philippe Blanquefort, Président de la Caisse des dépôts et des consignations (CDC) du Rhône, Jean Boissinot représentant la Direction Générale du Trésor, Hugues Chenet du think tank “2° Investing Initiative”, Bertrand Ferrier représentant la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) et Romain Poivet de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Ces cinq invités ont pu présenter leurs activités et leurs points de vue et tenter de savoir si la finance peut sauver le climat.

En partant de ce questionnement initial, les invités, interpellés et questionnés par deux étudiantes, ont proposé plusieurs solutions alliant finance et lutte contre le réchauffement climatique, développement durable ou encore transition énergétique.

Réunissant une cinquantaine de personnes, la conférence a commencé par une présentation de Mr Ferrier (CNR) dans laquelle ce dernier a décrit un projet original de financement participatif pour les énergies renouvelables. Il insiste ainsi longuement sur l’importance d’allier participation citoyenne et ancrage local pour développer des projets ayant plus de sens pour les riverains. Dans ce cas précis, ce sont des projets d’implantation d’éoliennes qui sont mis en avant et pour lesquels les citoyens et riverains deviennent les investisseurs. Ainsi, à partir de vingt investisseurs (personnes privées ou collectivités), un projet d’éoliennes participatives peut se construire et l’énergie créée est ensuite redistribuée sur le territoire.

Mr Boissinot de la DG du Trésor a, quant à lui, présenté les liens entre l’économie globale et le réchauffement climatique, et en premier lieu les gaz à effet de serre qui en sont à l’origine. En effet, les acteurs financiers investissent encore massivement dans les énergies fossiles très carbonées. Toutefois, l’idée d’une transition vers une économie « zéro carbone », passant par une réallocation des capitaux, est de plus en plus souvent évoquée. Selon Mr Boissinot, cela ne peut pas se passer sans des investissements plus conséquents, de l’ordre de 6 000 milliards ou 6 billions d’euros par an. Il ajoute ensuite qu’il faudrait également simplifier les financements, trouver de nouvelles technologies moins impactantes pour l’environnement et renforcer les institutions politiques de lutte contre le changement climatique. Il évoque également la piste d’une tarification des externalités, dans la suite du marché des quotas du carbone. Il conclut en insistant sur l’importance d’une réallocation des capitaux qui concernerait tout le secteur financier et sur l’importance de mettre en place, politiquement, un reporting climatique.

Mr Poivet (ADEME) a commencé sa présentation par un retour sur les fondamentaux réglementaires et politiques de la lutte contre le changement climatique. D’abord, il a évoqué les Accords de la COP 21 signés à Paris en 2015 et les ambitions de diminution des émissions de gaz à effet de serre, de résilience et d’adaptation au changement climatique et du nécessaire alignement de la finance sur ces enjeux. La finance privée se doit, selon les Accords, d’intégrer les risques climatiques aux calculs économiques et, pour cela, de les quantifier. Il s’agit alors de développer des méthodes, de trouver des indicateurs et des normes qui prennent en compte ces risques et leurs conséquences. Ici encore, l’idée principale est de parvenir à des investissements décarbonés, c’est-à-dire de financer des projets et des activités peu, voire pas du tout, émetteurs de CO2. Comme Mr Boissinot, il revient sur l’importance du financement de la transition, notamment énergétique et, au-delà, du traçage des investissements. Il insiste alors sur le rôle des institutions nationales et internationales pour aller chercher ces investissements.

Après ces premières présentations, un temps d’échanges et de débat avec le public et les étudiants a commencé avec Mr Chenet et Mr Blanquefort. A la première question du public « comment expliquer que les investissements privés dans les énergies renouvelables ont baissé ces dernières années ? », Mr Chenet a répondu que les explications étaient, entre autres, à chercher du côté de la baisse du prix du carbone et dans la nouvelle présidence américaine, peu encline à considérer le changement climatique comme un sujet de première importance. Il a également précisé que les investisseurs cherchent avant tout à maximiser leurs gains futurs et que, sans pression internationale forte, l’investissement dans le bas carbone n’est pas une priorité.

Mr Chenet a ensuite présenté son think tank dont l’activité est centrée sur la mobilisation du secteur financier pour la transition écologique et énergétique. Mr Blanquefort (CDC) a insisté quant à lui, sur l’importance des financements de long terme et sur l’ambition de la CDC de financer des projets décarbonés. Il précise d’ailleurs que, pour ces projets, les investissements privés n’ont jamais été aussi hauts, comparés aux investissements publics. Mr Chenet soutient également que les assureurs ont renouvelé leurs approches, notamment du fait de l’augmentation des risques naturels.

Une question a ensuite été posée sur les critères de sélection de projets décarbonés. Mr Chenet a répondu qu’il n’y avait, à l’heure actuelle, pas de grille de lecture commune mais qu’il était possible de déterminer si un projet était plus ou moins carboné qu’un autre pour orienter les choix. Mr Blanquefort a précisé que des critères existent pour déterminer si un projet est vert ou non. Il évoque les normes de construction de bâtiments ou les transports publics qui investissent davantage dans le gaz et l’électricité que dans le diesel.

En revenant sur l’événement du One Planet Summit (sommet organisé par le président Macron sur la finance verte), Mr Chenet et Mr Blanquefort ont insisté sur l’importance de l’engagement et des signaux politiques, en précisant que la finance ne peut pas porter seul la transition. A ce titre, la CDC s’est fixé un objectif de 5 millions d’euros par an dans l’économie propre, notamment via la rénovation de friches industrielles.

Une question sur un éventuel manque de vision de long terme de la part des investisseurs a ensuite été posée. Pour Mr Chenet, il y a une contradiction de fait entre la menace climatique de long terme et les actions financières de court terme, voire de très court terme. Selon les deux invités, un outil à privilégier serait de fixer un prix du carbone, car cela permettrait d’intégrer le long terme dans les calculs financiers.

La question suivante portait sur le rôle des citoyens et leur pouvoir d’incitation. Mr Chenet a donné l’exemple des choix des épargnants dans leur livrets bancaires. Il a également précisé que des mouvements de changements de banques pouvaient être des moyens de pression efficaces.

Une question venant du public concernant ensuite le choix de l’électricité comme énergie, qui est très demandeuse en métaux rares. Selon Mr Chenet, il faut alors s’interroger sur les limites de la planète et voir les choses de façon plus larges pour prendre en compte tous les paramètres, en allant des changements climatiques à la baisse de la biodiversité. Mr Blanquefort a insisté sur le soutien de la CDC à la recherche pour l’abandon du nickel dans la fabrication des batteries, en précisant que ces recherches prennent du temps et doivent être menées progressivement.

La dernière question concernait l’avancement de l’intégration de l’article 173 du TEE sur l’intégration de paramètres sociaux et environnementaux dans les politiques d’investissement des institutions. Mr Chenet répond qu’un groupe de travail européen a fait une proposition de définition d’une stratégie de finance durable pour l’Union Européenne.

La conférence s’est achevée sur des remerciements pour les invités présents et pour le public venu assister au débat.

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